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Fondation Edouard et Maurice Sandoz

LE PROJET

«La Transition» est un roman familial. Les personnages principaux sont Santino, Carmelo et Alessandro. Un paysan, un ouvrier, un étudiant. On se situe entre Lausanne et la Sicile, de l’entre-deux-guerres à nos jours.

C’est un roman autobiographique. La plupart des récits dont il se compose sont liés à des souvenirs personnels, mais aucun d’entre eux n’est fidèle à la vérité. Il ne s’agit pas d’une saga, encore moins d’une épopée. On n’envisage pas une génération après l’autre. Aucun des personnages n’est proprement héroïque.

Un motif traverse tout le roman: l’île. L’île où l’on est. L’île que l’on est.

Simplement, on a affaire à trois individus: un grand-père, un père, un fils. Entre autres similitudes, ils ont par exemple tous trois eu dix-neuf ans. A dix-neuf ans, le fils est entré à l’université; le père est entré en Suisse; le grand-père est entré en guerre. La transition, c’est un peu ça. Même si, en l’occurrence, c’est une transition brutale, voire une absence de transition.

Je suis né en Suisse. J’ai grandi en Suisse. Depuis quelque temps, j’ai un passeport suisse. Et ma langue «maternelle» est le français. Mais le français de ma mère est passable. Par exemple, elle dit: un oncle, des noncles. Ça n’a l’air de rien. Pour moi, c’est tout. Je le sens confusément. Ma famille. La liaison. La déliaison. Je parle, je lis, j’écris en français. Mais ma langue est tendue. Parfois, je me complais dans la certitude qu’on ne peut rien dire, ou qu’on ne peut pas dire «ça comme ça». Maintenant, je ne me contente plus de me taire. Alors, comment dire ?

Je veux parler de mon père et du père de mon père. A quelle distance sommes-nous exactement les uns des autres ? Je ne veux pas être trop près. Je ne veux pas être trop loin. Je suis comme eux et je ne suis pas comme eux. Je veux rendre hommage. Mais je ne veux pas figer. J’ai besoin d’écrire, non pas sur, mais avec eux.

Mené sur une année, je conçois ce travail comme une exploration ou une enquête. Je ne suis jamais resté en Sicile plus de six semaines d’affilée (les grandes vacances). J’envisage d’y séjourner trois ou quatre mois. Cependant, je ne vise aucune sorte d’exhaustivité. Sans doute, au final, La Transition restera lacunaire. Le roman exhibera délibérément ses lacunes.

Filippo Zanghí